Journée de conférences et d’échange : « les plantes en voyage »

Compte rendu des communications présentées lors de la journée « Plantes en voyage » organisée conjointement par la Ville de Montpellier, la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), et la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault (SHHNH).
Cette journée a eu lieu le 06 juin 2019 à la Mairie de Montpellier, salle des rencontres.

Les continents voyagent à une vitesse infime et emportent les plantes dont la reproduction s’accompagne d’une dissémination et d’une dispersion dans l’espace. Celle-ci peut être organisée par l’Homme ou non intentionnelle. Au terme de leur périple, les végétaux atteignent des terres nouvelles, plus ou moins éloignées de leur lieu d’origine. Ce ‘voyage’ permet aussi une diversification, et l’apparition de nouveaux taxons. Ces processus souvent imperceptibles à l’échelle de l’existence humaine, mais parfois révélés, intéressent les praticiens, les botanistes, les agronomes, les écologues, les biologistes, les archéologues, les historiens…, d’autant plus que la connaissance des origines et de la diversité permet l’amélioration des plantes cultivées.

La journée a donné à la ville de Montpellier l’opportunité de présenter le projet du parc Méric, sa politique de biodiversité et le choix des espèces introduites dans les milieux divers des parcs et jardins. En lien avec la thématique des Plantes en Voyage, la communauté scientifique de Montpellier a communiqué sur des recherches effectuées localement, appelant un échange avec le public.
André Bervillé

La Ville de Montpellier a accueilli, le 6 juin dernier à l’Hôtel de Ville, la journée de conférences et d’échanges « Les plantes en voyage » organisée par la SNHF et la Société d’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault (SHHNH).
Montpellier, par son histoire, a toujours cultivé de liens forts avec l’horticulture. Au XVIe siècle, la ville jouissait du titre de « capitale de la botanique », et abritait le premier Jardin botanique de France, créé en 1593 par Pierre Richer de Belleval à la demande du roi Henri IV.
« Le voyage des plantes » est un thème d’actualité, qui passionne aussi bien les botanistes, les agronomes, les écologues, les biologistes que les historiens et les lexicologues !
La communauté scientifique de Montpellier a partagé ses recherches autour de grands axes : les aspects socio-historiques et socio-économiques, les routes autour de la Méditerranée, les déplacements des plantes par la pollinisation.

Tournesols, oliviers, agrumes, palmiers… les intervenants passionnés ont transmis au public curieux, leurs savoirs et leurs connaissances sur les origines et la diversité de leurs plantes favorites.
Les récentes études génétiques permettent d’aborder cette thématique avec un nouveau regard.

Une table ronde a revivifié les échanges de la journée. Intitulée « Introduire des plantes : conseils et éthique, pratiques citoyennes » le public a pris part aux dialogues autour des plantes invasives, néofites, et de la lutte biologique. Ce fut aussi l’occasion de rappeler le rôle et les missions de la FREDON OCCITANIE, très active sur le territoire.
Marion Duplessier

Voici le résumé des conférences et de la table ronde

Cliquez sur les miniatures des photos pour les voir dans leurs grandes dimensions.

Conclusions de la journée – (JL Regnard, Professeur émérite Montpellier SupAgro)

Les plantes en voyage, c’est tout un programme ! Bien entendu cette Journée de Communication et d’Échanges ne prétendait pas à l’exhaustivité du sujet compte tenu de l’ampleur du thème traité. Rappelons tout d’abord qu’elle faisait suite au Colloque scientifique de la SNHF du 1er juin 2018 à Paris, et aux JCE qui l’ont suivies, à Poisy-Annecy (le 7 février 2019) et au Mans (le 12 mars 2019).

Ce que sont les JCE : cette journée de Communication et d’Échanges de Montpellier a été permise par la forte implication de la Soc. D’Horticulture et d’Histoire Naturelle de l’Hérault, et celle du monde académique gravitant autour des sciences végétales à Montpellier ; elle a été construite en partenariat avec la Direction Paysage et Biodiversité de la Ville, et l’appui marqué de collègues qui sont en responsabilité au Jardin des Plantes, et à la FREDON Occitanie.

Elle a ainsi constitué une déclinaison locale du thème général initié à Paris en 2018. Les exposés nous fait voyager dans l’arc méditerranéen, mais aussi au-delà de Mare Nostrum, avec les bananiers, les palmiers, les bambous, qui sont autant d’espèces devenues familières, et aussi, de manière plus exotiques avec les baobabs et les bananiers africains. Le Comité d’Organisation s’est efforcé de programmer des interventions illustrant quelques actions ou travaux de recherche menés localement (INRA, CIRAD, IRD, Université) et de les partager avec « des retours d’expériences », tels ceux entrepris à la Bambouseraie d’Anduze, ou de la Direction Paysage et Biodiversité de la ville de Montpellier.

Remerciements : la SNHF a soutenu très efficacement la logistique de la journée, et notamment la préparation et l’édition des Actes (Mme Marion Duplessier, graphiste). Nous pouvons préciser qu’au-delà du volume des Actes qui a été remis à chaque participant, des exemplaires papier de ces actes seront en vente en ligne sur le site web la SNHF, et prochainement téléchargeables sous format numérique. Nos remerciements s’adressent particulièrement aussi aux orateurs qui n’ont pas ménagé leur temps pour nous faire partager leur passion, aux deux sociétés savantes SHHNH et SNHF, et enfin à l’audience pour la qualité des débats et la richesse des échanges.

Au plan du contenu, cette journée nous a permis de balayer différents aspects du grand thème des plantes en voyage, au rang desquels je citerai :

La diversité des origines des plantes dans l’espace et le temps : un rappel a été fait des phénomènes de spéciation (vigne, olivier, bananier, par ex.), des processus de domestication (tournesol, par ex., et je renvoie aussi à l’exposé de Mme Anaïs Boura lors du Colloque de Paris en 2018, sur Plantes et dérive des continents), de diversification et sélection : avec le tournesol, dont nous avons saisi les changements d’usage au fil des pérégrinations. Nous avons enfin saisi que l’activité de sélection est très active par ex. chez certains groupes variétaux d’émergence récente, comme la clémentine et les petits agrumes.

L’histoire des plantes ne doit pas laisser libre cours aux mythes et dogmes ou aux influences politiques et religieuses, voire aux modes, sous peine de la réécrire de manière partisane. Des sources archéologiques, historiques, géographiques, sociales et génétiques solides doivent étayer les affirmations, et il appartient à l’éthique du chercheur de savoir dire « On ne sait pas » ou « On ne le sait pas encore ». Les exposés de la journée ont souligné à plusieurs reprises l’objectivité et l’éthique du chercheur.

Rappelons aussi que l’étude de la diversité dans les centres d’origine et/ou de domestication des plantes cultivées est lui-même un sujet inépuisable, comme en ont témoigné les exposés, … l’histoire complexe des légumes de notre alimentation méditerranéenne est marqué par nombre d’introductions d’Asie, ou du Nouveau Monde. Géographiquement parlant, nous avons ainsi compris que les voyages des plantes peuvent être locaux, mais aussi transcontinentaux.

Nous aurions sans doute pu approfondir davantage la question des modes de diffusion dans l’espace méditerranéen, les espèces diffusant autour de Mare Nostrum par des routes terrestres ou maritimes, parfois le long de la rive Nord (ex. du pêcher), ou de la rive Sud (ex. de l’artichaut), soit des deux (ex. de l’abricotier), ces diffusions pouvant être liées au commerce, aux explorations ou aux conflits.

La diversité des modes de dispersion est étonnante : la diffusion des plantes est volontaire ou involontaire, au-delà des déplacements du pollen, qui ont été évoqués par Émile Duhoux dans le cas du Baobab. Le Colloque de Paris sur les Plantes en voyage en 2018 avait déjà bien signalé le rôle de ce que Gilles Carcassès qualifiait de « co-voiturage » (non il ne s’agit pas de Bla Bla Car !) par exemple avec le rôle des toisons animales (chien, cheval, ruminants) pour véhiculer fruits ou semences. Au Sud-Kazakhstan, dans les montagnes proches d’Almaty (la ville des pommes) centre d’origine du pommier sauvage Malus sieversii, on fait l’hypothèse que l’ours a activement contribué à disséminer les arbres porteurs des meilleurs fruits via la dissémination des pépins … après consommation de leurs fruits. On doit aussi rappeler le rôle des conflits armés, avec les plantes dites obsidionales, c’est-à-dire de siège, aspect que cette JCE n’a pas eu le temps de l’évoquer, mais ces plantes avaient fait l’objet d’excellent exposés, comme par ex. celui de François Vernier à Paris en 2018 (cet intervenant avait évoqué l’extension en Lorraine de la gentiane jaune par les armées prussiennes en 1870-71). Dans les vecteurs, il convient enfin de ne pas oublier le rôle des fourrages, des emballages, des bagages, des vêtements, …. sans oublier les véhicules, ce qui a été bien abordé au cours de la table-ronde.

La diversité lexicale des noms vernaculaires a été fort bien illustrée aujourd’hui par Mme Josiane Ubaud, tandis que le rôle des explorateurs (James Cook 1728-1779 ; Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811), des naturalistes (Joseph Banks 1743-1820, Pierre Poivre 1719-1786), des collectionneurs et des Jardins botaniques a été rappelé à maintes reprises. Certains ont contribué à ouvrir des voies de commerce, ou réussi l’introduction des plantes dans de nouveaux espaces. Ces routes sont historiquement importantes : route de la Soie, par ex. pour le thé, … bien sûr, mais aussi routes maritimes pour les épices, avec notamment la Cie Française des Indes orientales. Les voyages des plantes, lorsqu’il y a des vestiges (graines, bois), peuvent être réétudiés ou revisités, nous l’avons vu, grâce aux outils modernes de la génétique et de la biologie moléculaire. C’est plus difficile pour certains végétaux (tubercules). Dans tous les cas, le croisement et la coopération des sciences biologiques et humaines aboutit à une meilleure compréhension des processus.

Je souhaite rappeler que la connaissance des origines des espèces constitue aussi un point d’appui essentiel pour l’amélioration génétique des espèces cultivées. Sous réserve de respecter aujourd’hui le partage des avantages entre les États, qui résulte de la mise en application la convention sur la diversité biologique (et de la mise en application du protocole de Nagoya), les scientifiques peuvent ainsi – dans le respect du patrimoine – accéder à des matériels essentiels, permettant de puiser dans la réserve de gènes pour préparer les plantes aux conditions de demain.

René Sforza nous a aussi utilement rappelé que les scientifiques sont des hommes et des citoyens ; ils sont soumis aux même règles concernant le déplacement des organismes d’un point A à un point B, et vous avez compris par ses propos qu’il n’est pas question de jouer aux apprentis sorciers, mais de se situer dans une éthique.

Chacun de nous, enfin, est a priori légitime dans âme de collectionneur (voir exposé de P. Berger sur la famille Bazille, et les actions de la Ville de Montpellier entreprises au Domaine de Méric). Ainsi nous pouvons être tentés de rapporter de nos voyages des espèces végétales nouvelles pour nos lieux de résidence, mais la table ronde de ce jour avait pour but de rappeler les risques encourus (risques sanitaires pour les plantes, risques de santé comme les allergies, et menaces potentielles pour la biodiversité) ; la table ronde a permis de ré-évoquer le cadre réglementaire, et le dispositif de surveillance vis-à-vis de problèmes parfois très préoccupants, tout en soulignant aussi, de manière plus positive, le rôle des amateurs de plantes en termes de responsabilité, avec un appel à la collaboration. Cette collaboration entre la société civile et les scientifiques, c’est aujourd’hui tout l’enjeu de la science participative, dont nous voyons de beaux exemples à Montpellier (en botanique, observation de la phénologie, protection des oiseaux, des papillons, etc.).

Merci à tous de votre participation active à cette journée thématique, qui nous a enrichis réciproquement par l’échange des connaissances, les discussions, et les prises de contact.
JL Regnard

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